« On voudrait refaire notre site. »
Le message arrive presque toujours comme ça, et il parle du design. Le site a 4 ans, il fait daté à côté des concurrents, on veut du neuf pour la rentrée.
Puis vient la deuxième phrase, souvent trois semaines plus tard, quand les maquettes sont déjà validées. « Au fait, est-ce qu'on en profite pour quitter PrestaShop ? »
C'est là que ça coince. Cette question-là se tranche au début, parce qu'elle change tout ce qui vient après.
La question qui passe avant le design
Une refonte e-commerce, c'est quatre chantiers qui avancent en même temps. Le design et le parcours d'achat. La technique. Le SEO. Le contenu, donc les photos et les fiches produits.
Trois de ces quatre chantiers se refont à l'identique que tu changes de plateforme ou non. Tu redessines tes pages, tu réécris tes fiches, tu refais tes photos. Ce travail-là ne regarde pas ton CMS.
Le quatrième, la technique, dépend entièrement de la réponse. Et le SEO change de nature selon le cas : refaire son site sur la même plateforme en gardant ses URLs demande peu de travail de redirections, alors qu'un changement de plateforme réécrit l'intégralité des adresses.
Donc décide ça d'abord. Avant la première maquette, avant même de choisir un prestataire.
Le seul moment où changer coûte presque rien de plus
Voilà le calcul que je fais avec les marchands qui hésitent.
Une migration seule, sans refonte, coûte cher pour un résultat invisible. Tu payes le transfert du catalogue, le plan de redirections, les tests, la reprise du thème. Le client final voit le même site, ou presque. C'est un investissement difficile à assumer en interne, et je comprends que ça se reporte d'année en année.
Une refonte seule, sur la plateforme actuelle, coûte le design, le contenu et le développement. Tu gardes tes problèmes de fond, mais le site est beau.
Fais les deux ensemble et le surcoût se réduit au transfert des données, aux tests, et à la prise en main du nouveau back-office. Le design, le contenu, les photos, le plan de redirections, tu les payes une seule fois au lieu de deux.
C'est la raison pour laquelle je pousse toujours la question au début du projet. Un marchand qui refait son site en 2026 et qui change de plateforme en 2028 paye deux fois le même travail, à deux ans d'intervalle.
Si tu n'as aucune intention de changer, très bien. La question est réglée en 10 minutes et on passe à la suite. Mais elle mérite ces 10 minutes.
Ce que ta plateforme actuelle t'impose en redirections
Là où ça devient concret, c'est que le coût d'un changement dépend beaucoup d'où tu pars. Les structures d'URL n'ont rien à voir entre elles, et c'est ce qui fait le volume de travail.
Sur PrestaShop, une fiche produit ressemble à /12-robes/45-robe-en-lin.html. La catégorie par défaut, l'identifiant du produit, le nom, et une extension .html à la fin. Chaque déclinaison peut avoir sa propre adresse. La correspondance vers une nouvelle plateforme se génère par script, en croisant les exports sur l'identifiant produit, parce que faire ça à la main sur 800 références n'est pas une option. Le détail du chantier PrestaShop est ici.
Sur WooCommerce, WordPress t'a laissé inventer ta structure. /product/veste-en-lin/, /product-category/vestes/, /shop/, avec parfois trois niveaux de catégories empilés. Chaque boutique a la sienne, donc l'audit des URLs existantes prend plus de temps que la migration elle-même. J'ai détaillé le cas WooCommerce ici.
Sur Magento, le point dur est le modèle de données. Les attributs et les jeux d'attributs n'ont pas d'équivalent direct ailleurs, et c'est ce qui prend le temps. Voir l'article Magento.
Et la cible impose ses règles. Shopify, par exemple, ne se négocie pas : un produit vit sous /products/, une collection sous /collections/, une page sous /pages/. Tu choisis le nom. Le préfixe est imposé. Donc toutes tes adresses changent, y compris celles dont le nom reste identique.
Cette dernière phrase est celle qui surprend le plus. Un /produit/veste-en-lin/ devient /products/veste-en-lin. Même mot, adresse différente, 404 si personne ne s'en occupe.
Le plan de redirections s'écrit avant la première maquette
C'est l'erreur qui coûte le plus cher, et elle est facile à éviter.
Le plan de redirections se traite en général à la fin, dans la semaine du lancement, quand tout le monde est fatigué et que le budget est déjà consommé. Résultat, il est bâclé, ou réduit aux 50 pages les plus visibles.
Écris-le au début. Tu exportes tes URLs indexées depuis la Search Console. La liste théorique de ton back-office passe à côté, et la différence entre les deux est toujours instructive : il traîne des pages que tu as oubliées, des vieilles catégories, des variantes indexées à cause d'un lien interne resté en place.
Cette liste devient ton cahier des charges. Chaque adresse a une cible, une seule, en 301. Si une page n'a pas d'équivalent, elle pointe vers la catégorie parente, jamais vers l'accueil en masse.
Un détail qui compte pour le suivi : après un changement de plateforme, le trafic ne s'effondre pas le jour J. Il glisse sur 2 à 4 semaines pendant que Google recrawle. Beaucoup de marchands concluent que la refonte s'est bien passée pendant les 10 premiers jours, puis découvrent le trou en fin de mois.
Les budgets, et le poste que personne ne provisionne
Sur le marché français, en 2026, voilà ce que je vois passer.
Un lifting ciblé, donc un thème premium bien réglé et quelques pages retravaillées, se situe entre 3 000 et 8 000 €. Une refonte sur mesure, avec parcours repensé et reprise SEO propre, va de 8 000 à 25 000 € chez un freelance ou un collectif. Compte plutôt 20 000 à 50 000 € en agence, la structure se finance dans le prix. Au-delà, tu es sur du multi-pays ou du très gros catalogue.
Le poste oublié, c'est le contenu. Photos, fiches produits réécrites, textes de catégories. Il pèse souvent 15 à 25 % du budget total et il est presque toujours absent des devis, parce que le prestataire suppose que tu le fournis et que tu supposes qu'il est compris.
Un site neuf rempli des mêmes fiches produits de trois lignes convertit comme l'ancien. Avec un panier moyen français autour de 62 € (chiffres Fevad 2026), quelques points de conversion en plus changent le résultat plus sûrement qu'un nouveau visuel.
Comment trancher en une après-midi
Prends ton dernier trimestre et réponds à trois choses.
Combien d'heures par mois tu passes à entretenir l'outil plutôt qu'à vendre. Mises à jour, extensions cassées, hébergement, sauvegardes. Si c'est plus d'une journée par mois, une plateforme hébergée te rend cette journée.
Ce que ton back-office actuel rend impossible. Les choses qu'il fait mal se corrigent, celles qu'il interdit sont la seule liste qui justifie un changement.
Combien coûterait la migration seule, sans refonte. Si le chiffre te paraît insupportable aujourd'hui, il le sera encore dans deux ans, et tu auras entre-temps payé un design que tu jetteras.
Si ces réponses pointent vers un changement, je compare les plateformes ici. Si tu es déjà sur Shopify et que la question ne se pose pas, l'arbitrage refonte contre optimisation est traité là.
Et si tu veux un avis chiffré sur ton cas avant d'engager quoi que ce soit, c'est exactement ce que fait l'audit. Une demi-journée pour savoir si tu as besoin d'une refonte, d'une migration, ou juste de trois correctifs.




